16.2.2026
Ce que l’on sait et ce que cela révèle.

Jeudi 12 février 2026, la CIA a diffusé sur YouTube une vidéo en mandarin visant à recruter des informateurs en Chine, en ciblant notamment des profils liés à l’armée et à des secteurs jugés stratégiques (renseignement, diplomatie, économie, sciences et technologies). Pékin a réagi dès le lendemain, promettant de prendre « toutes les mesures nécessaires » contre les tentatives d’espionnage étrangères. L’épisode s’inscrit dans une rivalité durable entre les États-Unis et la Chine, où le renseignement joue un rôle central.
La vidéo met en scène un officier chinois fictif, présenté comme désillusionné. Le message est explicite : si vous disposez d’informations concernant des dirigeants ou des hauts gradés, ou si vous travaillez (ou gravitez) autour de domaines sensibles, la CIA vous invite à la contacter. Cette démarche est notable parce qu’elle est publique, assumée et relève autant d’une opération de communication que d’un recrutement.
Le cœur de la vidéo n’est pas technique : c’est un récit. On y voit l’officier dans un cadre familial, puis dans un environnement marqué par les contrôles et la tension. Il affirme avoir compris que les dirigeants protègent leurs intérêts, et que le système repose sur des mensonges. La conclusion, elle, vise à transformer une décision risquée en geste “moral” : il dit choisir cette voie pour se battre pour sa famille et son pays.
Autrement dit, la vidéo suit une logique classique de communication : un personnage, un conflit (corruption / injustice), un déclencheur (la désillusion), puis une “issue” présentée comme rationnelle et presque honorable. C’est aussi une façon d’abaisser la barrière psychologique : le message ne dit pas seulement “donnez des informations”, il propose une justification.
Cette publication intervient dans une période où la question de la corruption au sein de l’appareil militaire chinois est largement commentée, avec des évictions et enquêtes disciplinaires relayées par la presse internationale. Pour une agence de renseignement, ce type de climat peut être perçu comme un moment d’opportunité : frustration, peur, rivalités internes et incertitude peuvent rendre certains profils plus réceptifs. On ne peut pas mesurer publiquement l’efficacité de cette publication, mais le contexte aide à comprendre pourquoi elle est lancée maintenant.
La CIA affirme pouvoir être contactée « en toute sécurité » via un service caché accessible sur Tor. Dans une communication publique, ce type de mention a deux fonctions : rassurer des candidats potentiels (sans exposer d’explications détaillées) et envoyer un message politique à Pékin — celui d’une détermination affichée, malgré les dispositifs de contrôle et de censure.
En parcourant la chaîne chaîne YouTube de la CIA, on constate que cette vidéo en mandarin n’est pas un coup d’essai. Des contenus similaires visant la Chine sont publiés depuis environ un an. Cette nouvelle publication s’inscrit donc dans une série désormais bien identifiable : c’est la cinquième vidéo consacrée à la Chine, et la plupart cumulent des dizaines de millions de vues.
On retrouve par ailleurs une logique comparable dans d’autres vidéos destinées à différents pays ou publics (notamment la Russie, la Corée du Nord ou encore le monde arabe). Le format peut varier, mais la mécanique reste stable :

Cette répétition suggère une logique de long terme : adapter la narration à chaque audience, banaliser l’appel public et multiplier les points d’entrée — davantage une stratégie de communication qu’un “coup” isolé.
La Chine a déclaré qu’elle prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour contrer les infiltrations et tentatives de déstabilisation venues de l’étranger. Ce type de réaction vise généralement à dissuader en interne (rappeler les risques) et à afficher une posture de fermeté à l’extérieur.
Dans ce bras de fer, l’information est aussi un terrain de confrontation : chaque camp cherche à montrer qu’il tient la ligne, qu’il surveille, et qu’il peut riposter.

Avec cette vidéo en mandarin, la CIA ne fait pas qu’essayer de recruter : elle assume publiquement une stratégie et teste une communication ciblée, construite autour d’un récit de corruption et de désillusion.
La dernière phrase affichée à l’écran — « Le destin du monde est entre vos mains » — condense cette mise en scène : transformer une démarche clandestine en choix présenté comme “nécessaire”.
La réaction chinoise rappelle que ces opérations s’inscrivent dans une compétition de long terme, où l’influence et le renseignement sont indissociables de la diplomatie.
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